Car il devient aussi un peu pingre : à ceux qui lui désignent un menu à 150 couronnes, il répond : « Vous n’y pensez pas ? Manger pour 150 couronnes ? C’est 6 euros, c’est beaucoup trop ! ». Il ne se laisse pas prendre au piège de ces restaurants pour touristes : lui sait qu’il est tout à fait possible de manger pour 70 couronnes. Un goulash trop cher est forcément mauvais.

Plus ou moins régulièrement, l’étudiant erasmus voit ses amis tchèques : connaître des « vrais tchèques » est une preuve éclatante de son intégration (le sommet de la réussite serait même de sortir avec des autochtones). Avec eux, il essaye de parler tchèque puisque, évidemment, il apprend le tchèque. Comment pourrait-il en être autrement ? Et surtout, sans cela, comment pourrait-il acheter du vin au tonneau à la petite vieille qui tient la vinothèque près de chez lui ? Alors, dès qu’il en a l’occasion, et pour montrer qu’il essaye de s’intégrer, il parle tchèque et n’emploie l’anglais, la langue du touriste, qu’en dernier ressort. Parfois, à son grand désespoir, c’est son interlocuteur qui répond en anglais.

Mais, comble du bonheur, il entend dire qu’il a un accent « est-moravien ». Certes, il croit deviner là qu’il a un accent de bouseux, mais c’est toujours mieux qu’un accent anglais. L’étudiant erasmus est ainsi ravi de guider des touristes espagnols qui lui demandent « are you from here ? » ou même d’aider, en tchèque, des petites vieilles dans les supermarchés.

Seule déception, malgré tous ses efforts, l’étudiant erasmus doit se contenter de lire Šíp plutôt que Respekt.

Respekt & Sip - Décembre 2008